Notre époque semble vouée à une complexification systématique, entraînant avec elle son lot de dérives, y compris au sein des entreprises. Faut-il céder à cette tentation ou y résister ? La réponse réside probablement dans un juste milieu.
La complexité d’un produit, d’un processus ou d’une technique ne doit jamais être une fin en soi, mais la conséquence naturelle d’un objectif clairement défini. Quelques exemples illustrent ce défi :
• La virtuosité technique d’un pianiste de concert est-elle l’objectif ultime, ou n’est-elle que le moyen au service de l’interprétation et de l’émotion transmises à l’auditoire ?
• Pour l’amateur éclairé, le montage d’une montre à 6 ou 7 complications est-il essentiel, ou priment plutôt l’esthétique, la beauté du geste et l’intention qui l’anime ?
• Les outils technologiques sophistiqués d’un bâtiment sont-ils la clé de sa bonne gestion, ou ne sont-ils qu’un effet de mode pour « faire comme les autres » ?
Force est de constater qu’au quotidien, la sophistication des actes, des procédures et des produits est souvent devenue un objectif en soi. Cette dérive représente un défi majeur pour les entreprises : elle coûte extrêmement cher.
Qu’on ne s’y trompe pas : il ne s’agit pas de plaider pour un retour à l’âge de pierre ni de renoncer aux avancées issues de la recherche et du développement. Il s’agit avant tout de retrouver du bon sens et d’appliquer le fameux principe « KISS » (Keep It Simple and Smart ou « faites simple et intelligent »).
Cependant, c’est ici que commence le véritable défi. Si ce principe semble accessible à tous, la pratique montre qu’on s’en éloigne rapidement face aux demandes multiples et déconnectées du réel émanant de certains cadres intermédiaires et supérieurs.
Comment résister à :
• La production de vingt versions d’une présentation, dictée par des demandes incessantes focalisées sur la forme plutôt que sur le fond ?
• La tentation d’ajouter des indicateurs techniques dans un bâtiment qui n’a pas été conçu pour les accueillir ?
• L’ajout de processus à un outil informatique inadapté, au risque de devoir le reprogrammer intégralement à chaque nouvelle version ?
• L’achat d’outils d’analyse sophistiqués que personne n’a le temps ou la compétence d’exploiter ?
• La mise en place de procédures lourdes, multipliant les échelons et les intervenants, au point de faire perdre de vue l’objectif final ?
La liste pourrait s’allonger à l’envi.
Il est temps de revenir aux fondamentaux : définir d’abord les objectifs et les étapes pour y parvenir avant de se « faire plaisir » intellectuellement. Cela ne signifie pas bannir la réflexion ni interdire l’innovation, mais plutôt revenir à une question essentielle : de quoi parle-t-on vraiment ?
La pression des charges financières et la rapidité d’évolution des techniques seront peut-être les meilleurs remèdes contre cette tentation de la sophistication excessive.
Bonne lecture et bonne réflexion.