La technologie embarquée dans les bâtiments commerciaux d’envergure n’a plus rien d’un secret ; les exemples d’installations « futuristes » foisonnent. Reste une question cruciale : quelle exploitation faisons-nous réellement de cette masse de données ?
L’intégration du BIM, de la GMAO, des jumeaux numériques ou encore le recours à l’intelligence artificielle pour détecter les anomalies et optimiser les performances constituent indéniablement des avancées majeures. Pourtant, un paradoxe persiste : seuls quelques ultra-spécialistes ou passionnés de technologie en saisissent la pleine valeur, tandis que la Direction générale, pourtant première concernée, reste singulièrement absente du débat.
Les optimistes diront que la Haute Direction se concentre sur son cœur de métier (core business), par souci d’efficacité et d’opportunité. Les réalistes, dont je suis, y voient une tout autre réalité : ces sujets n’intéressent tout simplement pas les dirigeants, car ils semblent échapper à leur cercle de compétences.
Il suffit d’observer les assemblées, conférences et réunions dédiées à l’immobilier ou au Facility Management (FM) pour constater un entre-soi préoccupant. On y retrouve inlassablement les mêmes visages, les mêmes consultants techniques, les mêmes gourous du BIM et de la GMAO.
À qui la faute ? À un secteur FM incapable de se vendre au-delà de son cercle d’influence ou à des dirigeants qui n’ont pas encore intégré que les activités de support (back-office) impactent directement leur compte de résultats (P&L) ?
La vérité est que tous sont co-responsables. D’un côté, les mondes de l’immobilier et du FM se complaisent dans leurs certitudes, sans ouverture extérieure. De l’autre, les dirigeants restent focalisés sur la vente, la communication, les rendements à court terme et le relationnel.
Il est grand temps que ces deux mondes convergent. L’utilisation intensive des nouvelles technologies, et de l’IA en particulier, dans le secteur des infrastructures est devenue un enjeu stratégique. Des investissements mal maîtrisés dans ces domaines représentent de véritables bombes à retardement, tant sur le plan financier qu’humain.
Trop souvent, lors de projets, les dirigeants « avalent des couleuvres », subissant le discours d’architectes, d’ingénieurs et de vendeurs de solutions sans en comprendre les implications réelles ni les engagements à long terme. Réagir a posteriori est inutile ; cela ne fait que confirmer le fossé béant qui sépare encore ces deux sphères.
Il est urgent que les hautes écoles de management intègrent la gestion globale de l’entreprise, y compris ses opérations techniques et son back-office, trop souvent jugés peu « glamour » et sans éclat. Si les formations suisses sont souvent citées en exemple pour favoriser les ponts interdisciplinaires, la réalité du terrain montre que ces passerelles font cruellement défaut.
C’est dommageable pour l’économie : au-delà de la technique, une gestion optimale des infrastructures est un levier puissant de développement durable et d’économies d’échelle.
Ce post ne changera pas la donne du jour au lendemain. Il a toutefois le mérite de planter « un clou dans la chaussure » de certains experts de haut vol, trop souvent enfermés dans leur tour d’ivoire.
Bonne réflexion, bonne lecture, et à bientôt.