Il est aujourd’hui établi qu’une désillusion croissante gagne les salariés des grandes entreprises. L’absence de sens perçu dans l’activité quotidienne pèse lourdement sur le moral des équipes et, par ricochet, sur leur performance. Quelles en sont les causes ?
Si l’on peut invoquer le changement générationnel, la baisse d’attractivité des métiers due à une parcellisation excessive des tâches, ou encore une évolution sociétale plus large, une analyse plus approfondie révèle un facteur déterminant : le manque de cohérence entre les paroles et les actes de la direction.
De nombreuses entreprises de taille importante ont développé une stratégie de communication digne d’un roman d’espionnage, où l’art consiste à dire ce que l’on ne pense pas tout en semblant exprimer une vérité.
Cette approche, bien que sophistiquée, atteint désormais ses limites. Plus personne n’y adhère, hormis peut-être les responsables de la communication et certains dirigeants. Rien n’est plus contre-productif que de considérer ses collaborateurs comme incompétents ou indignes d’accéder à l’information stratégique. C’est précisément là que naît le malaise.
Le personnel et le management intermédiaire sont parfaitement lucides sur la réalité des faits et des décisions prises par l’entreprise. Raconter une histoire, eût-elle été séduisante, tout en agissant à l’opposé, n’engendre que suspicion, retrait émotionnel et détachement envers ce qui constitue la première richesse de l’organisation : ses collaborateurs.
S’il est entendu que certaines données ne peuvent être divulguées pour des raisons légales ou stratégiques, refuser de partager les « vérités terrain » avec son personnel revient à se priver d’opportunités majeures et à renoncer à mobiliser ses forces vives.
Postuler que les équipes n’ont pas la capacité de comprendre les défis, les enjeux et les échéances de l’entreprise, c’est faire fi de leur loyauté et de leurs compétences.
Certains conseillers en communication semblent évoluer dans un monde parallèle, tant leur langage policé et lissé vide le discours de sa substance. Les dirigeants gagneraient ainsi à délaisser la langue de bois au profit d’une communication saine et transparente, seule capable de réaligner les propos sur les actes et de redonner du sens à l’engagement collectif.
L’observation des jeunes générations au travail confirme leur soif d’apprendre, de découvrir et de comprendre la finalité de leurs missions. S’il n’est pas toujours possible de leur proposer constamment de nouvelles tâches, expliquer le sens de leurs gestes et montrer comment leur contribution s’inscrit dans une vision cohérente et constitue un levier puissant de fidélisation.
Quant aux collaborateurs plus expérimentés, être traités comme des personnes immatures par le haut management revient à les déconsidérer et à les démotiver. Ne pas « embarquer » ses équipes dans l’aventure entrepreneuriale témoigne, au-delà d’un égocentrisme contre-productif, d’un renoncement aux plus belles opportunités de développement et de coopération.
Je vous souhaite un bel été, une excellente lecture et plein succès dans vos démarches.