Je vais certainement être dénoncé pour l’apologie d’une philosophie à deux sous, mais qu’importe. Ma carrière professionnelle – contrairement à beaucoup d’autres – touche à sa fin : je peux donc « balancer » sans grandes conséquences.
Mes diverses expériences m’ont amené à réfléchir sur les méthodes de management dans les grands groupes et, plus en amont, dans certaines écoles de management que j’ai eu le privilège de fréquenter.
Les affaires sont les affaires et nous n’avons, c’est bien connu, jamais d’amis, mais uniquement des opportunités. Cela étant dit, la manière compte autant que le fond. Or, nous devons constater que l’objectif quantitatif tue régulièrement la forme, ou la façon d’y arriver.
En fait, on enseigne à être fort, puissant, à être le premier, mais rarement à atteindre ces buts – pour autant que cela soit possible – avec grandeur et empathie. Un sage disait que l’on ne s’élève pas en abaissant les autres. Cela se confirme en observant tous les despotes et les dictateurs, civils comme ceux des entreprises (si, si, cela existe !), qui ont tous le même comportement : écraser pour dominer.
Les écoles de management sont souvent très virilistes : on y parle de forte croissance, de force, de puissance, de pouvoir. Alors que le monde économique, certes souvent comparé à la pire des jungles, a besoin d’autres choses pour durer : une forme de grandeur et de patience que la plupart des dirigeants n’ont plus.
Savoir prendre de la distance par rapport aux éléments perturbateurs, embarquer les autres dans le succès, comprendre les différences, s’assurer de la cohésion du groupe… voilà des valeurs bien plus intéressantes à gérer. Tout le reste suivra, y compris les résultats !
Les jeunes générations semblent avoir compris que le modèle actuel est arrivé au terme de son développement et que d’autres solutions sont possibles, voire nécessaires. Il faut réinventer la manière de travailler ; la technologie – dont l’IA fait bien évidemment partie – oblige d’ailleurs l’économie à se positionner différemment.
Ce changement de cap doit néanmoins être anticipé dans les écoles de management. À observer les personnes fraîchement formées par ces « machines à rendement et performance », l’affaire n’est pas gagnée.
Cela me rappelle mes débuts dans le monde bancaire, il y a bien longtemps. On parlait alors du « banquier senior » comme d’une personne de référence, d’une grande culture, d’un sens civique. Il avait un côté souvent un peu paternaliste, mais était doté de bonhomie et du sens de la communauté. Ce banquier n’en conservait pas moins ses objectifs, mais la forme avait toute son importance.
Où sont donc passés ces banquiers-là ? Ils ont disparu au profit de leurs enfants, ayant eu l’argent de leurs parents sans avoir l’accompagnement de la culture qui va avec. On atteint donc aujourd’hui des sommets de connaissances techniques, mais on a perdu le bon sens, le pragmatisme et l’empathie.
La génération entrant dans le monde professionnel saura se réinventer et retrouver un meilleur équilibre que les précédentes, car de celles-ci, il n’y a plus grand-chose à attendre ou à comprendre.
Bonne continuation d’été, bonne lecture et plein succès dans vos démarches.