Le droit et la décence

Au risque de passer pour un vieux réactionnaire, étranger à la modernité, je tiens à défendre un espace de civilité qu’il faut préserver : celui où la décence précède le droit.

Combien de fois n’entend-on pas, aujourd’hui, des personnes revendiquer leur droit à faire, à avoir, à ne pas faire — alors que le minimum de décence exigerait simplement de se taire, d’accepter ce qui est proposé, ou de dire merci ?

Dans un monde de plus en plus égocentré, l’indécence du droit est devenue un réflexe commun — jusqu’aux plus hauts niveaux : politique, économique, intellectuel. Or, la décence, elle, n’invite pas à profiter du droit, mais à déployer une certaine grandeur d’âme. Certains exemples, pourtant, devraient parler à la majorité d’entre nous — c’est du moins notre espoir :

• Le voyageur en business class qui, au lieu de profiter discrètement du lounge, s’étale, pille le buffet, avale quatre cafés en trente minutes, et glisse quarante chocolats dans son sac — comme si c’était une mission.

• L’employé(e) bien rémunéré(e) qui, lors d’une campagne interne d’achat à prix réduits, réclame la priorité — alors qu’il ou elle pourrait aisément acheter ces objets sur le marché.

• Celui ou celle qui déteste l’opéra, mais accepte des billets — sachant qu’un collègue passionné n’a pas eu la chance d’en obtenir.

• La personne qui occupe une place de parking d’entreprise alors qu’elle n’y vient qu’un ou deux jours par semaine — alors qu’un collègue présent tous les jours en manque cruellement.

• Celui qui choisit le buffet non pas pour manger, mais pour le « piller » — laissant la moitié de son assiette, en sachant qu’il en prive d’autres.

Ces situations peuvent sembler anecdotiques, presque bénignes. Pourtant, elles révèlent un manque d’éducation, de savoir-vivre… et parfois, une indécence sans limite.

On pourra objecter : « Ils ont le droit, comme tout le monde. » Certes. Mais la décence, elle, invite à se poser trois questions simples : En ai-je vraiment besoin ? Par mon attitude, ne prive-je pas quelqu’un qui en a plus besoin ? Suis-je, finalement, grandi par ce geste ? Poser la question, c’est déjà y répondre.

Un vieil adage dit : « Un mauvais arrangement vaut mieux qu’un bon procès. » Cette maxime reste, à nos yeux, d’actualité — même si la pléthore d’avocats qui nous entoure s’empressera de la contester… en oubliant, au passage, qu’il s’agit de son gagne-pain.

Faire société, c’est aussi faire passer les autres avant soi. Cela peut sembler dépassé, voire absurde, à beaucoup. Mais mes expériences — personnelles et professionnelles — m’ont appris le contraire : Faire plaisir par de petites attentions, Mettre les autres en avant — même quand on est le principal contributeur, Ne pas abuser du système, mais l’utiliser avec retenue… c’est infiniment plus valorisant.

Encore faut-il avoir un ego capable d’accepter cette réflexion. S’appuyer uniquement sur le droit ? Ce n’est pas une bonne chose.

Il faut savoir composer avec les autres subtilités de la conscience humaine. Le droit ne doit être une réponse que lorsque toutes les autres options ont échoué. Est-ce encore possible ? Oui. Mais cela demande un peu de courage. Et surtout… un peu de décence.

À votre bon droit 😊 — bonne lecture, et à bientôt.

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