Il est tentant de reléguer la défense du pragmatisme aux réflexes d’une gestion dépassée, méconnaissant les subtilités du management contemporain. Pourtant, un constat s’impose : l’approche pragmatique, par essence simple, efficace et humaine, tend à disparaître de notre paysage professionnel.
Sous le prétexte que les normes, les directives et les exigences du marché dictent désormais chaque instant, et que la confiance relationnelle a cédé la place à une méfiance systémique, nous assistons à l’émergence d’une « controlite » aiguë. Cette pathologie managériale, caractérisée par une quête obsessionnelle du contrôle, semble résister à tout traitement.
S’il est indéniable que les normes, la déontologie et une éthique rigoureuse constituent les piliers de la stabilité entrepreneuriale — et que les anciennes « combines » doivent appartenir au passé —, nous tombons souvent dans l’excès inverse. Nous exigeons désormais un monde binaire, où toute action est soit juste, soit fausse, sans nuance.
Une telle rigidité est-elle compatible avec le développement des affaires, l’innovation et le droit à l’erreur nécessaire à la progression ? Le doute est permis. Il existe un temps pour la stratégie et la rigueur intellectuelle, et un autre pour l’exécution pragmatique. À force d’exiger des solutions détaillées sur chaque micro-aspect, l’entreprise risque de se noyer dans un verre d’eau.
Les PME, aux marges ténues et aux défis quotidiens pressants, ne peuvent se permettre ce luxe. Cette dérive trouve souvent sa source dans les grands groupes, où la forme prend le pas sur le fond, générant frustrations et inefficacité. Quelques questions méritent d’être posées :
• Lors d’une présentation au comité de direction, l’esthétique des graphiques prime-t-elle sur la pertinence des données chiffrées ?
• Dans un projet immobilier, le confort final et l’aménagement priment-ils sur la consultation systématique de chaque utilisateur dans le processus décisionnel ?
• Les orientations stratégiques ne sont-elles pas plus déterminantes pour la prise de décision que les détails anecdotiques de l’exécution ?
• Est-il pertinent de disséquer minutieusement chaque aspect d’un projet dont la réalisation est déjà actée par la direction ?
Multiplier les exemples ne ferait que confirmer qu’une exigence de perfection jusqu’au dernier détail peut tuer le sens du projet, entraver son exécution et démoraliser les équipes. Pour y remédier, plusieurs principes directeurs s’imposent :
- Hiérarchiser les priorités : Identifier les points critiques pour le succès et laisser une marge de manœuvre sur le reste.
- Accepter l’approximation pertinente : Faire preuve de tolérance lorsque le contexte le permet.
- Appliquer la loi de Pareto (80/20) : Se satisfaire d’un résultat optimal à 80 % lorsque le coût pour atteindre les 100 % restants est disproportionné.
- Valoriser la diversité des approches : Accepter que des collaborateurs puissent aborder un sujet sous un angle différent.
Ces principes, bien qu’évidents, révèlent un vaste champ de progression dans de nombreuses organisations. Réhabiliter le pragmatisme n’est pas un retour en arrière, mais un défi majeur pour la performance de demain.
Bonne réflexion, bonne lecture, et à bientôt.