L’intelligence artificielle va-t-elle sonner la fin des espaces de travail, qu’ils soient traditionnels ou collaboratifs ?
Difficile de prédire avec précision à quelle vitesse et sous quelle forme l’IA transformera nos environnements professionnels. Une chose est néanmoins certaine : les espaces de travail tels que nous les connaissons aujourd’hui vont être profondément remodelés.
À ceux qui pensent que cette mutation prendra encore du temps, je recommande vivement la lecture de l’ouvrage « Ne faites plus d’études » publié à l’automne 2025 par les professeurs Laurent Alexandre et Olivier Babeau. C’est une lecture à la fois instructive, édifiante et, par certains aspects, inquiétante tant l’impréparation collective semble manifeste.
Les espaces de travail conventionnels risquent de devenir rapidement obsolètes. Les surfaces dédiées uniquement à l’activité humaine devraient se réduire considérablement, remplacées par de nouveaux modèles dictés par les besoins et les capacités de l’IA.
L’humain ne sera sans doute pas totalement remplacé, mais relégué à un rôle secondaire — voire accessoire — ce qui entraînera des conséquences directes sur les besoins en surfaces, les typologies d’espaces, les rythmes de présence, ainsi que sur les rôles et les activités de chacun. Et nous ne parlons ici que d’aménagements, sans même évoquer les impacts psychologiques, bien plus profonds encore…
Il ne s’agit pas d’être alarmiste ni polémique, mais bien de prévoir et planifier l’avenir des espaces de travail.
Toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, auraient intérêt à se poser dès maintenant les bonnes questions : mettre en place une stratégie complète dans ce domaine prend en moyenne entre 12 et 18 mois avant d’en voir les premiers résultats concrets.
Le marché immobilier commercial va connaître une transformation majeure — une véritable révolution — que beaucoup d’acteurs semblent encore ignorer ou sous-estimer. Il ne disparaîtra pas, mais il se réinventera.
La typologie des espaces devra évoluer : il faudra imaginer des surfaces modulables, hybrides et adaptables, mêlant par exemple des zones dédiées aux « serveurs d’IA » et d’autres réservées au personnel. Ces lieux pourraient être partagés entre plusieurs entreprises aux activités très différentes, ce qui entraînera des répercussions sur la formation, la gouvernance et la conformité légale.
Ceux qui croient que certains métiers du tertiaire sont protégés se trompent : l’IA s’est déjà imposée en chirurgie, en médecine, dans les administrations, les études notariales et juridiques, ainsi que dans la finance.
Le secteur secondaire sera peut-être épargné un peu plus longtemps, mais de nombreuses usines amorcent déjà leur mutation : des métiers y sont transformés, augmentés ou redéfinis grâce à l’IA.
Comme le soulignent Laurent Alexandre et Olivier Babeau, la révolution actuelle est comparable à la découverte du feu : un bouleversement fondateur permettant de chauffer, cuire, construire, créer… Mais cette fois, tout se joue à une vitesse vertigineuse : là où il a fallu des millénaires pour maîtriser le feu, l’IA progresse chaque mois à un rythme fulgurant.
Faut-il craindre ce changement ? Pas nécessairement. Mais il faut anticiper et apprendre à faire autrement, car c’est sans doute la meilleure parade à ce qui pourrait bien devenir un nouveau Frankenstein : une créature dépassant son créateur.
Nos entreprises comme nos dirigeants politiques seraient donc bien avisés de se préparer à cette révolution silencieuse, mais radicale.
Courage, lucidité… et bonne lecture !